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« Récent » est une notion relative

Les médecins sont quotidiennement confrontés à des « études récentes » et à des « preuves récentes ». Mais dans quelle mesure ces sources sont-elles réellement actuelles ? Une analyse à la fois ludique et rigoureuse menée par des chercheurs espagnols et publiée dans le BMJ met en lumière le caractère éminemment extensible du concept de « récent » dans la littérature biomédicale.

À intervalles réguliers, le mot « récent » apparaît dans les publications médicales. Il suggère l’actualité, la pertinence et l’urgence, mais bien souvent sans s’ancrer dans une référence temporelle précise. À l’occasion de l’édition de Noël du BMJ, traditionnellement plus légère, des chercheurs espagnols ont décidé d’aborder ce phénomène linguistique de manière quantitative. Leur conclusion : « récent » s’avère être un terme étonnamment élastique.

Les auteurs ont analysé rétrospectivement mille articles biomédicaux anglophones dans lesquels une expression contenant le mot « recent » était directement associée à une référence bibliographique. Ils ont examiné le temps écoulé entre l’année de publication du travail cité et celle de l’article citant. Les résultats révèlent une dispersion très large : les études qualifiées de récentes avaient entre 0 et 37 ans. L’écart moyen de citation était de 5,5 ans, avec une médiane de 4 ans. Près d’une référence « récente » sur cinq avait même dix ans ou plus.

Des différences entre disciplines

Il apparaît que l’interprétation du terme « récent » varie fortement selon les disciplines. Dans les spécialités à fort rythme d’innovation, comme les soins intensifs, les maladies infectieuses, la génétique ou l’immunologie, la médiane de l’écart de citation se situait autour de deux ans. D’autres domaines, notamment la néphrologie, la médecine vétérinaire et l’odontologie, adoptaient une perspective temporelle bien plus large, avec des retards médians allant jusqu’à quatorze ans. Cela ne signifie pas nécessairement que les soins y soient obsolètes, mais montre que terminologie et contexte ne coïncident pas toujours.

Le registre de langue utilisé jouait également un rôle. Des expressions comme « publication récente » ou « article récent » renvoyaient généralement à une littérature effectivement très actuelle. À l’inverse, des formulations courantes telles que « étude récente », « recherche récente » ou « littérature récente » faisaient en moyenne référence à des sources nettement plus anciennes. L’expression la plus fréquemment utilisée – « étude récente » – présentait une médiane de l’écart de citation de 5,5 ans.

Différences géographiques

Les différences géographiques se sont révélées limitées : les auteurs européens, nord-américains et asiatiques utilisaient des définitions similaires de la notion de récence. En revanche, une tendance temporelle nette se dégage : plus l’année de publication de l’article est récente, plus l’écart de citation est court. Les articles publiés avant 2000 citaient en moyenne des études âgées de six à huit ans, tandis que les publications de 2020 à 2025 affichaient une médiane de 2,5 ans. Cela traduit une attention croissante portée à l’actualité des sources.

Le rôle de la revue est également intéressant. Les articles publiés dans des revues à facteur d’impact élevé (≥ 12) citaient en moyenne une littérature plus récente que ceux parus dans des journaux à impact plus faible. Les auteurs suggèrent que, dans ce contexte, les rédactions et les relecteurs sont peut-être plus exigeants quant à l’actualité des références.

Ironique

Bien que le ton de l’article du BMJ soit volontairement léger et ironique, l’étude touche à une question bien réelle. Un langage temporel vague peut donner l’illusion d’une preuve actuelle, alors que les données sous-jacentes ne le sont pas toujours. À une époque où les recommandations et les connaissances cliniques évoluent rapidement, la précision terminologique n’est pas un détail.

Les auteurs ne plaident donc pas pour l’abandon du mot « récent », mais pour une utilisation plus réfléchie. Pour les médecins et les lecteurs, cela signifie surtout conserver un regard critique. Lorsqu’une publication invoque des « preuves récentes », il vaut la peine de vérifier aussi la date de ces données. Parfois, récent est vraiment récent — mais parfois un peu moins.

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Écrit par Filip Ceulemans7 janvier 2026